Open space invaders

Posted by Inzecity On décembre 5, 2009 4 COMMENTAIRES

-    Clic droit, gnagnagna… hop, je cale le doc dans mon transit… pouêt !
-    Grrrrrrrrrrrrr…
-    Qu’est-ce que tu as… ENCORE ?
-    E-s-t-c-e q-u-e, tu peux, s’il te plaît , ARRÊTER de parler tout seul et de commenter tout ce que tu fais?
-    T’as craqué ! Si je parlais tout seul ça se saurait ! La pression, le stress… je comprends ton malaise, prends donc un Tranxène 2 le matin, ça te fera du bien…
-    Tu ne t’en rends même plus compte ! Tu ne vois pas qu’à cause de toi, les 40 personnes présentes sur ce plateau prennent des anxiolytiques ? Nous sommes tous au bord d’une France Télécomite !
-    Imaginons que je me parle, c’est parce que ça m’aide à planifier mes tâches (grosse vache) ! Ah c’est sûr que toi, tu ne risques pas de te faire une entorse à la langue étant donné ce que tu glandes…
-    Si je peux me permettre, il a raison… et puis tu passes ton temps à faire de la lèche au patron !
-    Toi… ta gueule ! Va d’abord détartrer tes dents avant d’ouvrir ton clapet répugnant ! C’est à croire que tu suces des clochards pour qu’on te mette, enfin, au placard !
-    Dis donc, tu pourrais être polie quand même… Ils te font juste une remarque pour le bien-être collégial. Ce n’est pas un mal…
-    Euh, je n’ai pas encore pris parti au débat mais toi, le collégial,  ça va bien avec ta carrière vaginale, tout le monde sait que tu te tapes le boss pour « élargir tes arrières » !

Bienvenue sur la planète Open Space, cette communauté professionnelle imposée où chacun fait sa loi dans la diversité. Je ne ferais pas l’analyse des pathologies indigestes très bien dépeintes dans le livre « L’Open space m’a Tuer » que je vous invite à lire car il est à mourir de rire tant il est juste dans sa cruauté.

Je vous invite plutôt à découvrir les personnalités pittoresques qui composent ce peuple d’autochtones débordés, lesquels s’exposent malgré eux dans une zone où les humeurs à débordement s’affrontent pour le profit de bourreaux se partageant le plus gros du gâteau.

L’Open Space c’est une galaxie de trésors maudits engendré par la nature humaine pour donner naissance à des relations professionnelles malsaines. Venez admirer cette myriade de salariés dans leur quotidienneté, du cadre au CDD, que vous avez sans doute déjà rencontrés au cours de vos activités.
Suivez le guide.

  • Fort-stress

Le spécimen court partout pourvu qu’il soit dans les délais (d’ailleurs c’est le seul dont la moquette est usée). On soupçonne que, déjà bébé, il se rongeait les ongles avec l’unique dent dont il était gratifié.
Son stress est contagieux, même lorsqu’il s’agit de choisir les cadeaux du CE pour les morveux. Surcaféiné, il enchaîne les dossiers sans jamais les boucler par peur de se tromper ; c’est pourquoi il fait le tour de sa société pour se rassurer et consulter tous ceux qui pourront réétudier ses projets. À 30 ans, Fort-Stress ressemble à sa Mère-Grand : cheveux en dépit du bon sens, tics et tocs, dents limées qui font grincer, l’aileron toujours trempé et rien qu’à l’observer il finit par nous énerver…

  • Pig Brother

Cet individu vous parle peu mais sait tout de vous. Il est toujours là où l’on s’y attend le moins jusque dans les WC pour y lire votre avenir car c’est dans les effluves de vos selles qu’il puise son savoir et court prévenir les boss que demain, vous serez arrêté à cause des crustacés que vous avez mangés. Il œuvre pour sa paroisse et ne distille ses informations qu’avec l’objectif de poursuivre de nouvelles investigations. Il s’en servira pour faire évoluer sa position et créer des tensions jusqu’à l’explosion. Jubilation…
Physiquement insipide et la peau un peu grasse, il a pour particularité de se fondre dans la masse.

  • La mouche à fiel

Cette créature vous colle au talon, tourne autour de vous afin de perturber et souiller les contrats pour lesquels vous êtes mandaté. Elle cherche la petite bête parce qu’elle veut votre tête.
La mouche à fiel sème la merde sur son passage. De votre succès, elle en fait des papillotes à friser et c’est sa façon à elle de prendre son pied c’est, bien sûr, de vous critiquer dès que vous avez le dos tourné.

Particulièrement complexée, elle ne supporte pas que d’autres qu’elle puissent goûter aux joies de la réussite. Alors elle vous tourmentera le temps qu’il faudra, même s’il faut pour cela qu’elle s’entête, elle vous chiera sur la tête.

  • Le pisse-vinaigre

Ce type de personne est particulièrement handicapant. Toujours malade, le moral de guingois, elle est incapable d’évoluer en paix dans votre société. Une pichenette dans le coin de votre bureau et c’est l’amputation annoncée… ainsi que le procès assuré.

Son mari l’a quittée (enfin, c’est ce qu’elle aime annoncer parce qu’elle n’a jamais été mariée), elle est victime d’un complot par la direction voilà pourquoi elle est aujourd’hui en dépression. Le pisse-vinaigre porte bien son nom et ça se lit sur son visage usé par les convulsions.

  • L’anti-tâche

L’anti-tâche est facile à repérer ! C’est toujours celui qui a le moins de dossiers mais qui semble le plus débordé (normal, puisque c’est vous qui les récupérez). L’anti-tâche est rusé. Il se porte toujours volontaire devant les patrons mais se désengage rapidement dès qu’il s’agit de mettre les mains dans le goudron (vous comprenez, il est dans le feu de l’action et ne peut tout mener de front).
Ce personnage, tiré à quatre épingle, a juste ce qu’il faut de déglingue pour montrer qu’il est à 2 doigts de devenir dingue. Il passe néanmoins sa journée à surfer et à regarder les photos de sa prochaine destination à visiter.

  • La vipère au coin

Cet animal à sang froid porte la perfidie sur son visage ! Absence de lèvres, œil enfoncé dans son orbite et tapie dans l’ombre, elle crache son venin à qui veut bien l’étreindre. Toujours aigrie, elle mordra tous ceux qui passeront près de son ordi et ce, même si vous êtes gentil (le nouvel arrivé se fait d’ailleurs toujours niquer) pour la bonne et simple raison que vous êtes gentil. Elle n’a pas d’amis, le boss lui a choisi un petit coin douillet dans l’open space, près du chauffage, à l’abri des quolibets… Elle y a fait un nid qu’elle ne quittera pas, elle râle, mord mais ne part pas.

  • La psychofrigide

Jambes serrées, bouche pincée, sourire aux oubliettes, cela fait bien longtemps qu’elle n’a pas vue l’animal ; alors, elle le fait payer en instaurant un climat policier. Engoncée dans son corset, rien ne dépasse. Mais cette poupée vaudoue se jette à corps perdu dans son métier, il n’y a que là où elle peut tout maîtriser. Pas de trace, pas de faute, rien ne dépasse… Pour prendre son pied, tout doit rentrer dans son moule ;  il faut que ça roule sinon c’est le coup de boule.

  • Le lèche-boss

L’individu de sale engeance. Mielleux, fielleux, il gravit les échelons en baissant son pantalon et se satisfait, béat d’admiration, des coups de burin du patron. Il est toujours courbé prêt à recevoir le don qui fera de lui un petit chefaillon et pouvoir, à son tour, enculer les mignons pour exercer sa domination.
Le lèche-boss a probablement toujours été une visqueuse ventouse même lorsqu’il était gosse. Sourire condescendant, œil oblique, dos voûté et dents qui rayent le plancher, il a le profil du parfait émissaire de l’Enfer.

  • Le larbin crétin

Il est bien pratique parce qu’il se cogne tous les boulots qui irritent. Il peut malgré tout ronchonner mais il finit toujours par accepter parce qu’il n’a aucune personnalité et panique à l’idée de se faire virer. Le larbin crétin ne sait pas dire non parce que trop bon trop con. Pour peu qu’on lui fasse miroiter quelques deniers, il est prêt à tout accepter y compris l’humiliation car il n’aura rien de toute façon. Perpétuel célibataire, il est le seul à éteindre les lumières de l’open space la nuit tombée avant de rentrer terminer les 12 travaux d’Enculé qu’on lui a confié.

  • Le trouble-flair

Chaque open space dispose d’un agent pathogène qui distille des effluves pestilentielles où se marient les fragrances de sueur rance, de graisse capillaire, d’humidité caverneuse et de tartre dentaire. Un vrai bonheur pour ses confrères.
Tout le monde évite le trouble-flair bien qu’il exerce cependant une certaine fascination chez les employés avec lesquels il est amené à travailler (en espérant que cela soit de courte durée). Semant sur son passage les pellicules qu’il entasse sur sa veste pleine de crasse, il parvient néanmoins à captiver les foules hypnotisées par le mouvement lancinant des poils de son nez qui dodelinent au gré du souffle de son haleine putréfiée. On pourrait aisément dater au carbone 14 les couches successives de papiers sulfatés qui recouvrent son bureau empoussiéré. Nul ne pénètre sa sphère odoriférante sans maîtriser parfaitement la technique de l’apnée.

  • L’amuse-boules

Elle a une bouche à ne pas faire d’enfant qu’elle glosse consciencieusement pour mieux faire glisser le mot « augmentation » qu’elle chuchotera à l’oreille du dirigeant dans un souffle subtilement mentholé pour lui rafraîchir les idées. Sa générosité, surplus mamellaire dégagé, est généralement plébiscitée par la gent masculine qui fait d’elle l’employée modèle. Elle se donne sans compter à condition qu’elle soit rétribuée. Gravissant les échelons à la force de son poignet, elle sert de proie pour décrocher les contrats. Elle est particulièrement gauche et fait régulièrement tomber quelque chose, laissant ainsi entrevoir le dessin d’une guêpière, le bombé d’un sein, un porte-jarretelles, bref, l’artillerie lourde pour faire craquer le plus fourbe. L’amuse-boules n’a, bien entendu, aucun avenir dans l’entreprise où une femme est à la tête de l’empire.

Cette grande étendue standardisée où les bureaux pullulent comme les mycoses sur un pied peut s’apparenter au plateau d’un reality show où rien n’est permis et où tout devient psychose.

Point de doigts dans son nez, point d’intimité, point de timidité… Tout le monde est sous un contrôle de proximité ordonné instinctivement par des personnalités qu’on nous a imposées de côtoyer pour le meilleur et surtout, pour la rentabilité.

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4 Responses so far.

  1. avatar Romain LEBAS dit :

    « Gravissant les échelons à la force de son poignet » – c’est sexuelle comme allusion ^^ ?

    Génial ce billet, chapeau la Miss, avec des rimes à tout-bout-de-champ, vraiment bravo !

  2. avatar jchavarria dit :

    \o/ Tiens, ca me rappelle le Geek & Poke d’aujourd’hui : NSFW – Not Safe For Work – http://geekandpoke.typepad.com/.a/6a00d8341d3df553ef01287611ef2e970c-pi
    :D

    J’ai toujours dit que les Open Space n’était pas fait pour toutes les sociétés, pour moi ca se limite à l’informatique ou un troupeau de gentils développeurs travaillent avec quelques chefs de projets. Tous des geeks et pas de soucis :)

    Pour les autres cas, c’est dommage de trop mixer les gens, surtout quand on en voit la nomenclature complète que tu as dressé :)

  3. avatar Jcay dit :

    On dirait une description des persos de The Office :-)

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