juste-à-temps

Posted by Inzecity On janvier 21, 2011 9 COMMENTAIRES

- Attends-moi j’arrive. Donne-moi juste une minute le temps de consulter mes 6 messageries, répondre à mes mails et bloquer les spams, checker Whatsapp et KIK, finir mes discussions sur Gtalk et Msn, lire mes sms, mes notifications, liker 2 ou 3 trucs et poker back sur Facebook, regarder si j’ai des mentions et des DM sur Twitter, écouter ma messagerie, voir si j’ai des opportunités sur Linkedin et Viadeo. Ah oui ! Faut aussi que je réponde vite fait aux commentaires sur mon blog, on ne fait pas attendre les gens tu comprends ?

- Entièrement d’accord avec toi…. Salut.

 

(petit conseil, j’ai mis un temps fou à faire ce texte qui comporte plusieurs « temps » donc je vous remercie par avance de prendre votre temps).

 

Parce que le temps file, le rapport au temps évolue. Je vais tenter de prendre le temps d’étayer mon propos.

Par les temps qui courent on nous rabâche que le temps c’est de l’argent : les temps sont durs et c’est la crise qui nous presse. Il faut être rentable et pour savoir si le temps passé est bien respecté, les entreprises font remplir des time sheet à leurs salariés (ces grilles permettent de facturer des heures supplémentaires à leurs clients bien que vos heures supplémentaires ne seront pas toujours d’actualité).

Donc pour gagner ce temps qu’on n’a plus forcément parce qu’on décompte aussi le temps que l’on met pour aller au WC, on décide que c’est le temps ou jamais de rester connecté avec ceux qu’on n’a plus le temps de voir. Alors on utilise les réseaux sociaux et tous ces outils dans l’air du temps.

Les réseaux sociaux facilitent la tâche. Impossible d’oublier un anniversaire, un événement, de laisser lettre morte à une sollicitation. Il y a même des systèmes d’alertes pour nous rappeler qu’il est urgent de prendre le temps de répondre.

Bref, on n’a plus le temps d’attendre et de faire attendre. La réponse se fait urgente et si elle n’arrive pas rapidement, on compose des amitiés à l’imparfait en un rien de temps.

Avoir du temps libre est le luxe ultime qu’il convient de garder précieusement car avoir un peu de temps devant soi permet de prendre enfin ce bon temps que l’on a planifié depuis longtemps dans son emploi du temps. En priant qu’on ait beau temps pour profiter pleinement de ses passe-temps.

 

homo tempus

Le premier geste du matin n’est plus de se lever du pied gauche mais d’allumer son téléphone portable de la main droite pour voir si les gens ont eu le temps de vous répondre entre 1 heure et 7 heures du matin.

S’ils n’ont pas pris le temps de répondre en un rien de temps à ces messages qui traitaient de la pluie et du beau temps, on trouve le temps long et on s’impatiente, trouvant qu’ils passent le plus clair de leur temps à ne rien faire ou à se payer du bon temps (alors on va prendre un peu de temps pour regarder leurs actualités sur Facebook et voir si on a été trompé le temps d’une soirée que nous estimions pouvoir nous être allouée).

En route pour le travail. On consulte ses mails et parfois, pour tuer le temps on lit une alerte de Copains d’avant. Ce n’est pas toujours plaisant de retrouver les connaissances du bon vieux temps… On prend un coup de vieux.
On surfe aussi sur Internet pendant notre temps libre, la plupart du temps pour s’informer sur le temps qu’il va faire ou alors, pour chercher de nouveaux services qui créent de nouveaux besoins pour nous faire gagner du temps à perdre.

Quand on s’occupe, on arrive au boulot en en un rien de temps. On s’installe et consulte ses mails urgents. Consulter ne veut pas dire lire. On y répondra quand on aura le temps. Il faut gérer son temps en fonction de l’urgence et si on a du retard un « Au temps pour moi » fera le job.

Au travail, quand on a la chance d’avoir un à plein temps, il est très mal vu d’avoir un temps mort alors on va surfer sur internet pour donner l’impression d’être débordé, en priant que les temps de chargement ne soient pas trop long. C’est pénible d’attendre, on trouve le temps long quand on a l’habitude de manquer de temps.

 

Années, mois, semaines, jours, heures, minutes, secondes… le temps file en un rien de temps. Plus le temps passe et plus l’homme gagne en espérance de vie. Paradoxalement, il passe le plus clair de son temps à l’empêcher de passer, à le rentabiliser et espère le retenir parce qu’il sait que fatalement, il peut mourir en deux temps, trois mouvements parce qu’il a fait son temps.

 

En cette période de bonnes résolutions, et comme chaque année, des millions de gens vont prendre cette décision de prendre le temps comme il vient.

 

Mais pas demain, ils n’ont pas le temps.

 

 

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9 Responses so far.

  1. Misanthrope7 Misanthrope7 dit :

    Un billet intemporel…

    Je n’ai noté aucune faute de temps mais j’ai pu les louper malgré le fait d’avoir pris mon temps en te lisant de manière a temps tive… Temps pis si c’est le cas…

    Superbe, merci

    A temps tôt… ;)

  2. [...] This post was mentioned on Twitter by Patrick Quang Thien and JD Hache, missinzecity. missinzecity said: Juste à temps ! http://bit.ly/gRugRa (blog post) [...]

  3. MimiRyudo MimiRyudo dit :

    Héhé, on se reconnaît bien là-dedans !
    Sur ce, je te laisse, j’ai encore du temps à distiller sur Twitter, des forums, mes mails, mon site, mes…

  4. Jimidi Jimidi dit :

    Contrairement à Misanthrope7, qui ne relève aucune faute de temps dans ce billet, perso, à la fin, j’aurais plutôt écrit : Mais pas demain, ils n’auront pas le temps. Tout le monde aura compris que cette remarque est entièrement dictée par le dépit de n’avoir pas écrit cet excellent billet moi-même… Hi hi !

  5. Jimidi Jimidi dit :

    Sinon, dans les intemporel et rapidement accessibles, y’a ça, de Jean-Marc LaFrenière, dont le reste est lisible sur son blog (http://lafreniere.over-blog.net/article-la-lumiere-est-ailleurs-65484272.html)
    ***
    Hissé sur la palissade des mots, je regarde l’avenir engueuler le passé. Chaque coup porté dans le visage de l’ombre déchire les écrans. Le voile du temple se soulève et ne cache plus notre âme. Je me penche sur le vide. Reste-t-il un visage sous les masques, un corps sous les habits, un homme sous les râles, un vivant sous les rôles, un seul os sous la chair cérébrale ? Je vais les pieds légers dans le pesant du monde, portant les traces de mémoires inconnues, mêlant mon cœur à mes regards, faisant le métier d’être au milieu des fantômes. Quand je regarde un arbre, j’y vois des cathédrales, des maisons qui naviguent, des gnomes et des fées. J’écoute à la fenêtre la neige plus audible que le vol d’un oiseau. Mon cœur bat si lentement, un tout petit moteur au milieu du silence. Dehors le vent secoue le vieux manteau du temps. Mes pas embrassent l’eau sur le chemin désert. Je nourris les fantômes des reliefs du cœur. Peu importe les blessures, les faux pas, la vie sans amour ne serait qu’une erreur.JML

  6. Carwi75 Carwi75 dit :

    Bien vu , Lamartine s’en plaignait déjà avec son « O temps ! Suspends ton vol … »
    Malgré la temps-tation de trouver une faute de temps, pas vue tant s’en faut !

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