Les femmes sont des connards comme les autres

Posted by Inzecity On février 9, 2012 6 COMMENTAIRES

 

 

Le 8 février 2012, 7 poncifs rétrogrades ont fait trembler la planète Twitter francophone. La pédégère du site portail aufeminin.com prend la parole face caméra, interviewée par un homme et assistée d’un autre tels deux béquilles phalliques, pour transmettre son savoir sur les usages de la femme sur le site de microblogging Twitter.

Hommes, femmes, – à part celles et ceux qui font ou veulent faire du business avec le site aufeminin – ont manifesté leur indignation quant aux propos perçus comme misogynes de la pédégère.

Mais revenons à nos twittasses et aux 7 raisons évoquées par Marie-Laure Sauty de Chalon qui ont suscité la consternation.

 

Retranscription de l’interview.

Raison n°1 - « La peur d’oser, il y a un côté un peu geek sur Twitter et il y a une appréhension à franchir le 1er pas »

Les femmes seraient donc des poltronnes et auraient peur des nouvelles technologies (à l’exception du fer à lisser digital) ?

 

Raison n°2 - « La 2eme raison c’est l’éloquence. Je crois qu’on apprend assez vite aux garçons, dans les mariages, c’est les garçons qui font le speech qui parlent et donc cette espèce d’impression de se dire il faut parler et dans un format court comme ça, se lancer ça fait un peu peur ».

Les femmes seraient donc conditionnées au mutisme bien que bavarde de naissance ?

 

Raison n°3 - « La 3e raison que je vois c’est la compétition, il y a un côté un peu compétitif sur Twitter parce qu’on compte un peu les followers et pis faut aller vite et les femmes finalement elles aiment pas forcément on le voit d’ailleurs sur les sujets de sport, elles aiment pas forcément. »
Selon elle, les femmes pratiquent un autre type de compétition : « Il y a toujours une compétition que l’on fabrique aussi qu’est la compétition physique par exemple, la compétition à être la plus parfaite (…) ».

Les femmes, un peu lente par nature, ne seraient donc compétitives qu’à la condition que cela concerne leur physique ?

 

Raison n°4 - « Etre cachée. C’est-à-dire que la relation sur le web pour les femmes elle est sous pseudonyme, nous on a un message posté toutes les 3 secondes et c’est un message sous pseudo, donc sur Twitter y’a la photo etc. donc on peut se cacher aussi mais c’est un peu plus difficile, ça apparait en tout cas comme peut-être un peu plus inconfortable. C’est un frein à l’expression et que finalement il y a des choses qu’on peut dire. Nous on nous dit souvent sur aufeminin une phrase que j’avais absolument adoré d’une femme qui disait quand mon mari est là je suis sur Facebook quand il est pas là je suis sur aufeminin (rire) donc y’a cette notion de je suis plus vraie, je suis plus fausse, je peux étirer le champ des possibles ».

Là, je n’ai rien compris

 

Raison n°5 - « En 140 caractères on est mono-thème, donc on ne peut pas faire dire plusieurs choses. Or vous savez que les femmes on aime bien pouvoir parler du bébé et en même temps de Sarkozy, pouvoir parler de l’écologie et en même temps de la dernière robe qu’on a vu et ça c’est vraiment embêtant, y’a un p’tit frein là, pour moi en tout cas c’est ce que j’imagine et que je vois et en plus on est toujours dans le multitasking, nous on fait plusieurs choses à la fois, d’ailleurs on est obligée de faire du repassage et en même temps faire réciter les leçons et en même temps de faire un tweet enfin tout ça, ça complique, ça parait compliqué un peu. »

Bien que manquant d’éloquence, les femmes seraient capables de parler de deux sujets à la fois tout en faisant 2 choses en même temps mais un tweet, serait de trop car trop compliqué.

 

Raison n°6 - « Après y’a un facteur en 6e que j’aurais mis c’est que Twitter c’est pas très sensuel. Quand vous êtes sur Facebook y’a les photos, y’a un environnement, y’a un truc, c’est plus sensuel. Là y’a un truc un peu sec, un peu froid, un peu clinique qui est peut être pas très féminin. »

Les femmes ne fréquenteraient que des sites sensuels. Elles ne liraient donc pas les actus parce qu’entre-nous la guerre, la politique c’est pas très sensuel quoique s’il y a des photos… faut voir.

 

Raison n°7 - « Et puis enfin la dernière raison puisqu’il faut en avoir 7, faut en avoir 7 y’a pas le choix, c’est un multiple de 7 c’est 140 caractères, parce que ça bah c’est une difficulté de réussir à s’exprimer quand on aime parler, vous savez sur les téléphones mobiles les femmes parlent beaucoup plus longtemps que les hommes, c’est un rapport selon les pays de 3 à 4 fois plus longtemps donc pourquoi nous faut qu’on soit limitées à 140 caractères. »

Les femmes, superficielles bavardes multitâches mais sans éloquence éprouveraient des difficultés à réussir à s’exprimer en 140 caractères. C’est étrange, nous faisons toutes des listes de courses avec parfois moins de 140 caractères !

 

 

Ceci dit, à la lecture de cette retranscription, on se rend compte qu’il y a une part de vérité dans ses propos parfois décousus et qu’il est difficile de s’exprimer quand on évoque un sujet qu’on ne maitrise pas. Mais ça vaut aussi pour les hommes (je n’ai pas d’études sur le sujet).

Depuis cet événement, la vidéo a été accompagnée d’une description pour recadrer et donner de la crédibilité aux propos de la taulière d’aufeminin notamment en s’appuyant sur les comportements twitteresques des « usagères » du forum du site et des résultats d’une étude Ipsos qui grave dans le marbre que les internautes français qui utilisent Twitter sont à 79% des hommes.
Pour lire l’étude Profiling ™ 2010-2011 d’Ipsos MediaCT, clique ici

Mais en lisant les slides de cette étude (tronquée ?), on ne trouve rien qui ne concerne Twitter alors on se concentre sur la manière dont cette étude a-t-elle été réalisée.
2 terrains d’enquête : cadrage téléphonique (2.0 ?) et recueil online sur sites (lesquels ?) soit 20.000 interviews 2 fois par an (ouh la) pour avoir un panel exhaustif toussa toussa. Mais tu n’en sauras pas plus internaute avide de connaissance car on s’en fout, la cible à laquelle s’adresse cette étude est précisée dès le 3e slide : les régies publicitaires, les agences média, les éditeurs de contenus…
C’est donc pour vendre la pub ! Et la pub, elle connait bien puisqu’elle baigne dedans depuis le début de sa carrière.

Histoire de semer le doute dans tes certitudes jeune lecteur, saches qu’une étude peut en cacher plusieurs autres, ComScore a par exemple révélé une enquête qui montre que les femmes sont plus accrocs que les hommes aux réseaux sociaux et selon Pingdom.com, Twitter et Facebook ont presque le même mâle ratio hommes-femmes; Twitter avec 59% de femmes et Facebook avec 57% de femmes.

 

Alors qui croire ? Je crois que sur le web on croit surtout ce que l’on voit. Et moi, je vois que cette femme a créé son compte Twitter le 11 octobre 2011 et donc a très peu de recul pour tirer des généralités.

 

 

Retour sur Twitter

Les réactions des twittos ont été immédiats et virulents (logique…) contraignant Marie-Laure Sauty de Chalon a poster un tweet de « gestion de crise » en 723 caractères sur Twitter. (encore une fois mal aiguillée)
Mais le « mâle » est fait.

Pourtant, son intention était bonne (« viendez les femmes ! Osez le tweet ! ») mais son inexpérience sur Twitter et son manque de préparation l’ont conduite à aller droit dans le mur. Celle qui défend les femmes et milite pour la diversité s’est retrouvée au banc des accusés, condamnée pour misogynie. Le comble.
Aurait-elle tenu ces mêmes propos si elle avait été interviewée par le Figaro ? Se serait-elle entourée d’un homme pour pouvoir s’exprimer sur ce réseau geek et masculin ?

 

Le cas de Marie-Laure Sauty de Chalon n’est pas isolé. Nous voyons de plus en plus d’entrepreneurs prendre la parole dans les réseaux sociaux et sur les plateformes vidéos en négligeant les préalables nécessaires à toute interview. Bien que préparés pour répondre aux media traditionnels à base de formations à la prise de parole, de position-paper, des questions-réponses, de gestion de crise, ils sous-estiment encore l’impact d’une prise de parole online, l’envisageant comme « cool car c’est le web » se retrouvant fort dépourvus quand le bad buzz fut venu.

Alors qu’aurait dû faire Marie-Laure Sauty de Chalon ?
Ne pas se limiter à une seule étude et à sa propre perception empirique de sa communauté. S’entourer de vrais experts des media sociaux (hommes + femmes) et d’un responsable de relations media et e-media pour faire un e-médiatraining pour dégager les messages-clefs, se préparer à l’interview en anticipant les réactions potentielles et se documenter davantage sur Twitter. Rencontrer des « Twittas » et discuter avec elle des différents profils et usages ou encore, profiter de l’audience de son compte @aufeminin_com pour recueillir des témoignages sur leurs usages de Twitter.

 

 

Les femmes sur Twitter, la réalité « terrain ».

De mon point de vue (et ce n’est juste qu’un point de vue), elles sont nombreuses. Nous avons tendance à identifier les plus « visibles » mais la génération des Skyblogueuses est aujourd’hui très active sur Twitter et elle compte de très nombreuses de jeunes filles ayant bien souvent de très nombreux followers, bien plus que certains « influenceurs auto-proclamés »..
Les femmes tweetent beaucoup, avec régularité et sont aussi « relationnelles » que les hommes. Beaucoup d’entre-elles interagissent, répondent à leurs followers et ne manquent pas de saluer leur auditoire <3. Elles se voient IRL (dans la vraie vie) faisant de Twitter un lieu sensuel.
Leurs avatars sont généralement de vraies photos bien qu'un peu retouchées (tout comme sur Facebook, on montre son meilleur profil).
Elles utilisent des pseudos mais tout comme dans n'importe quel forum. C'est l'usage ma bonne dame.
Beaucoup d'entre-elles sont des trentenaires, en couple, beaucoup de mamans attentives et aimantes, elles sont multitâches, parlent de plusieurs sujets et ne sont pas mono-thème même chez les "twittas" spécialisées. Elles s'expriment sur tous les sujets aussi bien personnels que politiques, sociaux, médiatiques…

Il se peut qu'il y ait plus d'hommes sur Twitter car Twitter a d'abord été investi par des hommes issus des media et des nouvelles technologies, là où ils sont en sur-représentation. Elles ne sont pas présentes dans les 100 gros "Klout » pour la simple et bonne raison qu’il faut s’y inscrire et que l’influence, elles s’en branlent (quoique…).

 

 

Voilà, Marie-Laure Sauty de Chalon. Au plaisir d’en discuter entre femmes et en plus de 140 caractères et je vous invite à relire ces portraits de Twittas que vous avez publié il y a quelques jours.

Quant à vous, chères lectrices et lecteurs, je vous invite à créer votre compte Twitter !

Et pour me suivre c’est

 

 

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6 Responses so far.

  1. Olivierbk Olivierbk dit :

    Avoue !!!! Tu n est pas une femme hein!!!;-))))

  2. J’ai moi aussi été offusquée par la bêtise de cette interview. Je ne vois que maintenant ton billet, je vois que l’on a été nombreuses à réagir sur nos blogs, tant mieux.

  3. drine drine dit :

    han, tu veux dire que c’est une vraie photo de toi sur ton avatar, juste un peu retouchée ?
    En tous cas, je n’ai pas vu passer cette interview, un peu prise que j’étais ces dernières semaines, mais oui, un peu de recul des fois, ça fait pas de mal… Enfin, moi aussi, suis une femme twittou, enfin, aux dernières nouvelles, et mes pieds ne sont pas retouchés !
    bisous bisous

    • Inzecity Inzecity dit :

      Tu as bien raison, rien de tel que prendre du recul pour aller de l’avant (et avec de vrais pieds, c’est plus facile) !

      PS. Yep il y a une vraie photo de moi derrière mon avatar :)

  4. DrMorisset DrMorisset dit :

    Moi je ne peux que valider ce genre de conneries.
    Et je ne peux que suivre comme un mouton sur twitter.

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