Bac apte

–    J’ai rendez-vous pour… la médecine du travail.
–    Oui, installez-vous dans la salle là-bas. On va venir vous chercher.
–    Ah mais je peux me déplacer, je sais très bien marcher
(mes parents ont sacrément galéré pour m’apprendre alors autant vous le montrer)

30 minutes plus tard, après avoir épluché tous les Voilà périmés, les documentations sur l’énurésie et les affiches sur l’herpès anal qui visiblement n’est pas une fatalité à condition d’en parler.


– Suivant !
(coup d’œil circulaire et ramassage anarchique des affaires)
–    Oui c’est moi
–    Entrez-là, prenez-ça et déposez vos urines sur le banc.
–    Euh vous êtes sûr ?… pas sympa pour la femme de ménage…huhuhuh (stress merde).
–    Dans le pot

(20 cl, c’est risqué comme exercice, je suis sèche comme un coup de trique – un vrai chameau – et en plus, qu’est-ce qui me dit qu’ils ne vont pas se planter de pot et m’attribuer les urines du pépé qui est passé juste avant ? Et s’ils me découvraient le 1er cancer de la prostate chez une fille ?)
– C’est-à-dire que, vous voyez, bah là, j’ai pas envie en fait et que… mais je vous jure que j’ai envie de réussir mes examens !
– Allez-y, il y a d’autres personnes qui attendent !

Pot à la main, il faut entrer dans ces toilettes qui ont dû voir défiler des centaines de salariés stressés à l’idée de se faire réformer ou de pisser à côté. Inspection du lieu pour voir s’il n’y a pas une autre paire de yeux et l’urinambule se lance à l’aveugle dans le prélèvement de ces 3 pauvres gouttes qui serviront à faire son bilan en regrettant fortement qu’on ne lui ait pas filé des gants (constat pour les filles au demeurant).

–    Entrez là et asseyez-vous. Nom, prénom, profession
(je répond dans l’ordre ? C’est un test cognitif ? Et si je me plante… c’est décisif ?)
–    Date des dernières règles.
–    Euh… bah j’en sais rien moi. Je ne les note pas. Par contre, je peux vous dire qu’elles sont tombées à un moment où ça m’a bien fait chier. J’avais prévu.. enfin… vous voyez ??? Attendez, je regarde mon agenda, mon rencard c’était le 8 février.
–    Hum.Vous voyez les lettres là-bas ?
–    Oui pourquoi ?
–    Fermez un œil et lisez la petite ligne en bas.
–    Monoeil
© – Paris
–    Hum. Vous travaillez sur écran ?
–    Non, en face.
–    Vous avez mal au dos ?
–    Oui, quand je déménage.
–    Vous devez faire des pauses régulières pour vos yeux et votre dos.
–    Exactement ! C’est ce que je n’arrête pas de dire au boulot mais mon patron ne voit pas cela d’un bon œil. Je vous l’envoie ?
–    Hum. Laissez vos affaires, déshabillez-vous mais gardez votre culotte et installez vous là bas, le Dr LeJob va vous ausculter.

Seule dans un placard de 1m2… Une unique patère pour accrocher la totalité de tes affaires (pourquoi le faire l’hiver ?). Finalement, renoncement, on fait un pâté des nos vêtements retirés à la hâte et là on constate terrifié que ce string n’était pas DU TOUT une bonne idée.
Se déplacer en pas chassé, toujours de côté pour faire face au médecin avec dignité tout en cachant vos seins en position inclinée.

–    Vous avez une scoliose ?
–    Non jamais ! Ah si, une fois ! Une petite mycose mais on la soigné !
–    Penchez-vous
–    Non, non, ça va merci.
–    Penchez-vous je vous dis.

(string… putain, le string…) Voilà. (Inclinaison à 15%, ça devrait être bon)
–    Montez sur la balance.
L’épreuve la plus redoutée car c’est la seule fois dans l’année que l’on monte sur une balance non trafiquée.
–    53 kg.
–    J’ai repris du dessert depuis l’année dernière.
–    Vos analyses d’urine sont bonnes

(Il les a bu ce con !)
–    Asseyez-vous là, je vais prendre votre tension.
(installation : le papier de la table d’auscultation colle aux fesses et tu t’aperçois que tu as un talent inné : faire un origami « accordéon » avec tes seules fesses, de devenir une star dans Incroyable Talent)
–    14,1
(+ un garrot et un suçon)
–    C’est élevé.
–    Ah ? Mais je peux vous expliquer. J’ai poireauté pendant une ½ heure, pissé dans un gobelet, subi un interrogatoire en règle, fini à poil en string délavé et vous m’avez humilié en me faisant monter sur le pèse-personne
(lequel, soit dit en passant, a un nom parfaitement con puisque son job c’est de peser des gens, pas personne… bref) qui a révélé ce poids dont on tait le nombre.
–    Vous êtes apte.
–    Je vous demande pardon ?
–    Donnez ce papier à votre patron, vous êtes apte, à revenir l’année prochaine.

La médecine du travail c’est un peu le bac de la santé. Tu dois réussir tous tes examens haut la main pour être apte à travailler. Ton patron semble l’avoir deviné depuis puisqu’il ne s’inquiète pas une seconde de ton étant de santé.
Tu retournes à ton bureau comme si de rien n’était. Il ne reste comme souvenir que ce string mal calé qui est là pour te rappeler, telle une fronde extensible, que tu es apte à travailler.

5 Comments

  1. cpolitic

    Excellent article avec un style pittoresque 😉
    J’avais le même préjugé…sauf que lors de deux simples visites médicales du travail, ils m’ont détecté deux « maladies » bien réelles…contrairement à mes praticiens habituels.

    Alors j’ai une autre vision d’eux, et j’ai changé de médecins familiaux.

  2. uberVU - social comments

    Social comments and analytics for this post…

    This post was mentioned on Twitter by klairepointfr: RT @Rajae_M Elle est bonne… pour le service RT @Inzecity Passe ton apte d’abord ! http://ow.ly/1rxfF (blog post)…

  3. ding7

    Splendide… Je me marre encore… Et j’aimerais signaler que nous aussi, les hommes, subissont cela… La dernière fois, laquelle ne date pas de si longtemps que ca, je me suis retrouvé dans ce placard à entasser tant bien que mal mes vêtements en me demandant s’il fallait enlever ces satanés chaussettes… C’est vrai quoi, la règle veut que lors d’une relation tu ne gardes pas tes chaussettes mais là, avec le stress, le froid qui règne dans ce placard, ainsi que l’attente et la course pour ne pas arriver en retard, tu te demandes si tu ne vas pas l’asphyxier si tu les gardes… Et puis, tu sors en boxer en te demandant si ce n’est pas l’un de ceux qui sont troués, l’usure étant (bien évidemment) causée par le frottement contre le jean lorsque je marche ou cours… Arghhh si… Bon… Ne rien laisser paraître et surtout rester digne malgré la tenue et la pause quelque peu ridicule…

    Merci pour ce souvenir… Je vais me remettre à faire l’autruche tellement j’en ai encore honte… Encore heureux que j’ai réussi mon exam sinon l’énoooooooooorme honte 🙂

  4. Aur0re

    L’origami avec les fesses m’a fait hurler de rire! ce qui est triste…c’est que je m’y retrouve…

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