Homme-femme : tir croisé

Le très illustre (ex) Je Suis Un Blog a accepté de relater une tranche de sa vie dès potron minet. J’ai accepté de livrer la mienne en échange de ses secrets.

Voici un composé en split-screen de nos vies de voisins de quartier qui ne se sont jamais vus, jamais croisés.

Ces histoires sont tirées de faits réels

Levé 7h du matin, je ne peux pas. Je reste au lit et j’attends. Je ne pense à rien, je souffre. 7H30, je mets les pieds par terre, je vais prendre une douche. Je n’ai plus de gel douche, je me savonne avec mon shampooing, l’eau est brûlante, mes yeux collent. Je prends la première serviette, je me sèche. Dents, déodorants, vêtements, go. Je sors de chez moi. Veste noire, tee-shirt noir, jean et converses noires. Il ne fait pas froid. J’arrive à Blanche.

Levée 7h10 du matin, je saute du lit (enfin j’essaie), j’enfile un t-shirt et j’embraye. Je cogite à tous les trucs que je dois boucler ce matin. Je prépare le petit déj et je fonce sous la douche. J’utilise un shampoing doux, un démêlant, un gel douche PH neutre et sans paraben, l’eau est tiède, mes yeux sont cernés. Je prends une serviette de bain (pas celle pour les mains), je me sèche. Brosse à dents électrique, fil dentaire, crème pour le corps, déo à bille, maquillage, brushing, je bloque devant le dressing. Putain, qu’est-ce que je vais mettre ? J’ai plus rien ! Je m’énerve. Je m’habille : robe, bas, bottes en cuir. Comme d’hab. Il fait froid (j’ai toujours froid). J’arrive à Pigalle (je ne me prostitue pas, enfin, pas comme ça).


Devant le métro, une femme noire habillée de vert – effet de couleur saisissant – distribue des journaux. Elle a des tongs, c’est étrange. Je passe à côté d’elle, elle est très maquillée, très souriante. Incompréhension. Je vais acheter un billet. Plus de carte bancaire, j’achète des tickets à l’unité au guichet. Devant moi, un homme et son fils tous deux britanniques, à la caisse un grand noir assez costaud. Le caissier parle assez bien l’anglais pour un employé de la RATP et je perds patience parce que les british ne comprennent rien. Je montre mon empressement. J’attends. J’achète. Je suis sur le quai. Je monte sur la ligne 2 directions Charles de Gaulle.

A l’arrêt de bus, une prostituée habillée comme une prostituée. Latex, bas résilles écorchés, guêpière, le rouge à lèvre qui file comme ses bas… c’est étrange. Je passe à côté d’elle mais à distance respectable. On ne sait jamais. Je prépare mon pass. J’ai pris l’abonnement mensuel. Je suis prévoyante. Un mec passe. Veste noire, tee-shirt noir, jean et converses noires. Quelconque. Je ne fais pas attention. Le bus arrive. Je veux monter, je fonce dans le tas tête baissée. Mon sac reste coincé dans les portes qui se sont refermées. J’attends le prochain arrêt pour me libérer. Putain, aujourd’hui, je vais en chier. Direction… et merde, je me suis plantée.


Debout, à côté de moi, une fille avec deux gamins. Ils sont assez violents et la fille ne se fait pas respecter. Ils se frappent. J’en regarde un droit dans les yeux pour le calmer et il s’apaise mais le second lui met des coups de pieds discrètement. C’est reparti. Je vois ces deux têtes qui s’agitent, j’ai envie de les fracasser les unes contre les autres. Je me demande si la baby sitter se fait traiter comme une esclave par ces deux chérubins, si elle est à leur service. En tout cas, elle est bien habillé, assez chic, bien porté, dommage qu’elle ne soit pas très….jolie jolie.

Assis, à côté de moi, un mec seul. Il ne laisse pas sa place à cette femme enceinte jusqu’aux dents qui semble sur le point d’accoucher. Il fait mine de ne rien voir. j’ai envie de le fracasser et de lui faire avaler son BlackBerry. Je me demande aussi si la femme enceinte aime se faire traiter comme une merde, si elle n’a aucun caractère. En tout cas, elle est sapée comme un sac, elle pourrait faire un effort, ne serait que pour les autres… C’est pas joli joli.


Charles de Gaulle, je prends le RER direction Noisy Champs.  Je monte dans le train, je m’assois, je sors mon bouquin « Demande à la poussière » de John Fante. Je lis l’histoire d’Arturo Bandini, on a des points communs. Je lève la tête pour rire et pour respirer car le texte est assez cruel. À ma droite un couple. Je les observe. Grosse qui lit Closer et son mari bien sur lui, impassible, qui regarde. Il regarde quoi? Rien… tout en noir, aucun effort, terne, monotone, un sac qui contraste avec la couleur rose fluo du magazine. Ca dure comme ça encore quelques minutes dans ma tête. Je me replonge dans le bouquin et plus tard je descends.

Je rebrousse chemin histoire de retrouver le bon. Je trouve une place, je m’assieds. Je sors mon miroir, mon eye liner a coulé. C’est la merde, je ne ressemble plus à rien. J’ai couru. Encore du temps de perdu. Je sors mon iphone, je lis mes mails. À ma gauche un couple. Je l’observe. Lui, beau mec qui fait semblant de lire et sa copine propre sur elle, stoïque, qui le regarde. Elle regarde quoi? Rien… elle ne le voit plus et moi je regarde ceux qui ne se voient plus. Ca dure comme ça encore quelques minutes dans ma tête. Je me replonge dans mon Iphone, je salue les gens sur Twitter et plus tard je descends.


Je prends le bus. Que des étudiants. D’un coup d’oeil, aucune fille me plaît, je regarde mon IPhone. 5 min. Tout le monde se parle. Je ne parle à personne. Je ne connais personne. Fin. J’arrive dans ma classe. J’essaie de me mettre à l’aise. C’est difficile de revenir sur les bancs de l’école. Depuis le début, depuis les 5 premières minutes où j’ai vu mes camarades, j’ai du mettre de côté toute pensée sensuelle ou sexuelle. Dommage, cela aurait pu être une motivation efficace pour me lever le matin.

Je prends le métro. Que des jeunes cadres dynamiques. Je regarde autour de moi, les gens m’écoeurent. Je hais la proximité. Je regarde mon IPhone toutes les 5 min pour détourner mon regard de ces nuques constellées de pellicules et baisser la tête comme tout le monde pour passer inaperçue.
Personne ne se parle, je me parle à moi-même. Beaucoup. Je me saoule. Trop de questions sans réponses. Je monologue. Fin. J’arrive au bureau. Je suis chez moi. J’y passe les ¾ de ma vie. C’est facile de revenir derrière ce bureau. Depuis le début, depuis les 5 premières années où j’ai vu mes collègues, j’ai mis de côté toute pensée sensuelle ou sexuelle. Dommage, cela aurait pu être une motivation efficace pour me lever le matin.


Conclusion
L’objectif de ce tir croisé était de savoir si l’on se ressemble sans se connaître, si le masculin et le féminin s’accordent au présent de l’indicatif.

Eh oui !

Nous avons au moins un point commun :

nous vivons les mêmes événements au même moment.

A Bon entendeur

4 Comments

  1. @bleakplanet

    serait-ce une love story ? #jesorsmaismaintiensmaquestion

  2. ding7

    Bon, si ca continue je vais me faire tous les articles du site un par un et laisser un commentaire… Si ? Non en fait 🙂
    J’aime beaucoup l’idée d’avoir l’histoire de plusieurs personnes qui se recoupent, en particulier lorsqu’ils se rencontrent sans se rencontrer… Un peu comme « Love Actually » ou récemment, en moins british et plus américanisé, « Valentine’s Day »… Bref… Bel essai réussi 🙂

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